J’ai retrouvé mon carnet bleu, ce carnet, qui, étant à la fac, ne quittait pas mes cahiers; ce carnet m’aidait à méditer sur mes lectures. J’ai retrouvé ce carnet, terni par le temps, mais dont les pages dégagent toujours la même force.
Ce petit carnet bleu m’accompagnait dans mes lectures; sur lequel, je notais les passages des livres ayant attiré ma curiosité, des phrases plus ou moins longues, plus ou moins drôles, plus ou moins profondes; des phrases m’ayant accroché tout court. Des phrases qui, souvent, dont devenues proverbiales pour moi…
Il n’est donc pas surprenant que l’honneur soit à mon coup de cœur, ou bien le plus profond de mes coups de cœurs, le plus intense. Ce coup de coeur n’est autre que le livre par lequel j’ai fait la connaissance de Yasmina Khadra, « L’imposture des mots », que je venais de lire une année après sa sortie. Ce livre est tantôt une suite, tantôt en fusion avec « L’écrivain », paru une année auparavant. Yasmina Khadra venait alors de faire tomber son masque de militaire. « L’imposture des mots » est sans doute aussi, en fusion avec plusieurs autres livres, puisque était pour moi l’occasion de me familiariser avec certains personnages qu’on retrouve dans ceux-ci (Zane, l’abominable nain des Agneaux du Seigneur, le regretté commissaire Llob, et Salah l’Indochine, l’immonde recruteur du GIA).
C’est fou le degré par lequel je m’étais sentie proche de cet écrivain dont j’avais auparavant beaucoup entendu parler. L’admiration s’est transformée alors en affection. L’écrivain nous parle de lui, de sa famille, de l’armée, du monde de la littérature et des médias, un monde gênant, sans pitié. L’écrivain se parle à lui aussi. J’aurais juré être un personnage de ce livre, en un petit papillon peut-être. J’étais dedans.
Dans ce livre, on découvre le côté humain d’un mortel mais dont la création restera éternelle. Un Yasmina Khadra courtois, honnête, poli, fin, mais qui fait de ce livre une vraie mise au point avec la vérité, parfois avec la médiocrité et la bêtise humaine.
Dans « L’Imposture des mots », il a dit…
- « Je veux comprendre si c’était la souffrance qui me faisait rêver; ou le rêve qui me faisait souffrir. »
- « Ne perds pas de temps à justifier l’injustifiable ».
- « Mon chagrin me tient en haleine, il me veut pour lui tout seul. »
- « Il n’y a plus qu’une seule et unique loi, la loi du marché que nul n’est cens ignorer : business is business. Cela s’appelle se sucrer, diabétiques s’abstenir. »
- « Mes joies ayant été les meilleures complices de mes peines, ma solitude se frotte les mains, elle a de quoi s’occuper. »
- « Le suspect n’a pas droit aux égards. Seul l’accusé est innocent jusqu’à preuve de sa culpabilité. »
- « Le mal qui a trop duré, laisse un grand vide en disparaissant. »
- « Je lui souris, pour ne pas lui cracher dessus. Ma salive risquerait de la purifier, et je ne tiens pas à sauver son âme. » - « La lumière finira immanquablement par éclairer la beauté ou la laideur de chacun, et aucun masque, aucun lifting ne saurait sauver la face impure. »
- « Tous les écrivains vont au paradis puisque, vivants, ils portent l’enfer des hommes. »
- « Mon bonheur est en moi ; ma gloire est de ne rien exiger de personne. »